Description du projet:
En Suisse, plusieurs programmes d’entraide non-monétaire issus des milieux associatifs et étatique soutiennent des paysans dont les exploitations sont situées à plus de 800 mètres d’altitude, en leur procurant des ressources humaines. Ces dernières années en Valais, de nouvelles initiatives sont apparues pour venir en aide aux paysans de montagne dans leur travail quotidien. Ce projet s’intéresse à ces pratiques de volontariat en tant que « don aux étrangers », c’est-à-dire en tant qu’activités par lesquelles les humains donnent quelque chose d’eux-mêmes, de leur temps, de leurs gestes, de leurs paroles, à des inconnus et non pas à leur famille, de façon délibérée. Que « font » ces volontaires sur l’Alpe et qu’est-ce que leur présence et leurs relations permettent de produire ?
Le monde de l’agriculture de montagne – en tant que processus de co-dépendance qui implique les humains, les plantes, les sols, les animaux et de nombreux objets – est considéré ici à l’aune des relations de don. Le bénévolat en général et le bénévolat à la ferme plus précisément ont surtout été étudiés dans des pays dits du Sud, pour comprendre les activités et les motivations des bénévoles. Aucune étude ethnographique n’a été réalisée dans le domaine du bénévolat caritatif en faveur de paysans de montagne dans un pays riche. Dès lors, ethnographier « ce qui se donne » et « ce qui s’assemble » comme relations sociales et symboliques dans des programmes d’aide aux paysans de montagne en Suisse, entre bénévoles et montagnards, humains et non-humains, permet d’actualiser le rôle crucial du don dans le monde agricole de montagne, ainsi que les relations complexes d’égalité et d’inégalité qui lui sont sous-jacents. En rendant visible des assemblages relationnels inhabituels, parfois antagonistes, qui proposent une aide autre que financière aux paysans d’altitude, ce projet rompt avec les représentations ordinaires de la paysannerie de montagne.
Que font les programmes d’aide non-monétaire aux paysans de montagne, en termes professionnel et relationnel, aux plans symbolique et identitaire, pour les parties humaines et non-humaines en présence, et comment ? Pour répondre à cette question, ce projet prévoit une immersion ethnographique de 10 mois dans 4 programmes de volontariat existant en Valais : Caritas-Montagnards (Caritas), Volontaires Montagne (Aide suisse à la montagne et Groupement suisse pour les régions de montagne, SAB), le Service civil suisse et Pastora Protect (Organisation Pour la Protection des Alpages suisses, OPPAL), ainsi que la réalisation de 124 entretiens approfondis avec des paysans, des volontaires et des officiels concernés par ces programmes.
Les connaissances accumulées dans cette recherche ancrée dans les réalités paysannes constitueront une base solide pour l’élaboration d’actions sociales et politiques, publiques et parapubliques, qui permettront de contrer la précarité économique, psychique et sociale dans le monde agricole montagnard. Les résultats seront déterminants pour le renforcement et l’innovation des politiques de développement local ainsi que pour la mise sur pied de programmes durables de solidarité et d’entre-aide citoyennes, en adéquation avec les spécificités du terrain. Plus loin, cette recherche anthropologique originale autorise un élargissement au plan de l’Arc alpin qui est bienvenu pour saisir les enjeux liés aux difficultés rencontrées par les petites exploitations paysannes d’altitude et engager des politiques sociales et publiques adéquates en zone de montagne.
Equipe de recherche au sein de la HES-SO:
Cretton Viviane
, Eich Marie
, Bertolino Maria Anna
Partenaires académiques: Tauber Elisabeth, Free University of Bolzano, Italy; Jérémie Forney, University of Neuchâtel, Neuchâtel; Andrea Boscoboinik, Université de Fribourg, Fribourg; Yann Decorzant, Centre Régional d'Etudes des Populations Alpines, CREPA, Sembrancher
Durée du projet:
01.11.2022 - 31.10.2026
Montant global du projet: 571'482 CHF
Statut: En cours