Summary:
Contexte : Il est crucial que les institutions sanitaires élaborent des plans de contingence face aux conséquences du réchauffement climatique (RC). Pourtant, en Suisse, peu d’actions concrètes sont engagées par les directions des établissements de soins. Méthodes : Cette recherche qualitative comprend deux volets. Le premier visait à décrire les impacts du RC sur la santé/le fonctionnement des institutions sanitaires suisses, selon les avis de dix spécialistes internationaux du climat, recueillis via une méthode Delphi en trois itérations : entretiens, hiérarchisation des impacts/mesures, consensus final. Le second volet portait sur les perceptions de ces impacts et sur les mesures d’adaptation/atténuation mises en place par des représentant·es d’institutions sanitaires (REI) et d’autorités (REA) en Suisse romande (N = 19). Quatorze entretiens semi-structurés, dont cinq en binôme, ont été menés auprès de six REI et huit REA, puis traités selon une analyse thématique. Résultats : Les experts ont exprimé un fort consensus concernant plusieurs effets du RC sur les institutions. Certains sont aussi rapportés par les REA et REI, de manière plus fragmentée. Les effets négatifs sur les capacités de soins sont mentionnés par 2 REA et 2 REI. L’augmentation de la demande en soins est relevée par 2 REA et 4 REI. La dégradation de la qualité/sécurité des soins est évoquée ponctuellement (1 REA, 2 REI), tout comme celle des conditions de travail, surtout signalée par les REA (3 contre 1 REI). Les dommages aux infrastructures (événements météorologiques extrêmes) sont rapportés par 3 REA et 2 REI. Les risques liés à l’approvisionnement énergétique (dépendance à d’autres pays), sont cités par 3 REA et 4 REI. L’impact le plus souvent cité par les REA est la température excessive dans les bâtiments (7 REA, 3 REI). Les mesures d’adaptation faisant consensus chez les experts sont aussi relevées par les REA/REI : prévention/promotion de la santé (7 REA, 4 REI), interprofessionnalité (4 REA, 1 REI), amélioration des conditions de travail (4 REA, 2 REI), préparation des institutions aux crises (3 REA, 1 REI), adaptation des modèles d’organisation/gouvernance/gestion (2 REA, 2 REI). La promotion des échanges internationaux est mentionnée par 1 REI. D’autres mesures sont plus ponctuelles : révision de la conception des bâtiments (1 REA, 1 REI), formation du personnel (1 REA, 1 REI), mesures de prévention des infections nosocomiales (1 REA), approvisionnement en ressources (1 REI) et développement de la recherche (1 REI). Concernant les mesures d’atténuation, experts et REA/REI s’accordent sur la réduction de la consommation énergétique (4 REA, 4 REI), la formation du personnel (2 REA, 4 REI), la diminution des déchets (2 REA, 5 REI), la promotion de la mobilité douce (2 REA, 4 REI) et la réduction des prescriptions de soins inutiles, notamment via la télémédecine (1 REA, 1 REI). Discussion – Conclusion : Les deux volets révèlent un écart entre les recommandations des experts, soulignant l’urgence et la diversité des mesures à mettre en œuvre, et les perceptions des REA/REI, fragmentées et centrées sur l’atténuation. Ce décalage appelle à renforcer les échanges entre scientifiques, autorités et institutions pour soutenir une adaptation cohérente et systémique.