Zusammenfassung:
Les catégories administratives et juridiques appliquées aux jeunes migrantisés jouent un rôle déterminant dans la définition de leurs droits et la structuration de leurs parcours. Cet article analyse les effets de ces catégories, en particulier celle de « mineur non accompagné » (« MNA »), dans le contexte suisse, et plus spécifiquement dans le canton de Genève. Il montre comment les processus de catégorisation, articulés à des dynamiques de précarisation, d’illégalisation et d’exclusion, influencent l’accès aux ressources, façonnent les parcours de vie et génèrent des formes ambivalentes et provisoires d’inclusion au sein des dispositifs d’accueil. L’analyse repose sur une enquête ethnographique conduite entre 2021 et 2024, combinant observations de terrain, entretiens avec des jeunes d’origine maghrébine et étude de documents juridiques et administratifs. Elle se focalise sur la distinction opérée localement entre les jeunes enregistrés comme « RMNA » (requérants d’asile mineurs non accompagnés) et ceux reconnus comme « MNA » (mineurs non accompagnés sans statut légal). Cette différenciation, loin d’être anodine, conditionne l’accès aux droits, à l’hébergement, à l’éducation et au soutien sociosanitaire, produisant ainsi des parcours marqués par de fortes inégalités. En examinant les logiques institutionnelles à l’oeuvre, les usages différenciés des catégories et les stratégies mises en oeuvre par les jeunes pour s’y conformer, les détourner ou les contester, l’article met en lumière les tensions inhérentes aux politiques migratoires genevoises. Celles-ci, tout en se réclamant d’une visée protectrice à l’égard des mineurs, participent d’un dispositif plus large de contrôle, de tri et de gestion différenciée des mobilités juvéniles. L’article interroge enfin les effets subjectivants de ces catégorisations et les formes d’agentivité développées par les jeunes dans les interstices des institutions. Il plaide pour une relecture critique des cadres normatifs en vigueur et pour l’adoption de politiques plus inclusives, sensibles à la diversité des expériences migratoires et aux vulnérabilités produites par le système lui-même.